Chaque nouveau quartier dessiné en bord de ruisseau ou de marécage pose la même question : comment laisser de la place au vivant, sous et autour de l’eau ? Les Vaites, à Besançon, font figure de cas d’étude qui agite bien au-delà de la Franche-Comté.
Mais avant tout, que signifie exactement « biodiversité aquatique » ? Il s’agit de l’ensemble des organismes qui vivent dans ou autour des milieux d’eau douce : poissons, amphibiens, insectes, mollusques, plantes aquatiques, micro-organismes. Selon l’INRAE, plus de 40% des espèces d’eau douce européennes sont aujourd’hui menacées (INRAE, 2023).
Aux Vaites, les enjeux sont concrets. Zone périurbaine, ce site bisontin combine prairies humides, mares naturelles, enclaves de forêt alluviale et veines d’eau temporairement inondées. Le projet d’urbanisme, initialement pensé pour accueillir quelques 1 150 logements, des équipements publics et 10 hectares d’espaces verts, bouleverse un équilibre rare entre ville et nature (France Bleu, 2023).
Ce qui fait la singularité des Vaites, c’est l’assemblage d’habitats semi-naturels préservés du remblaiement et du drainage intensif. Même en lisière de ville, on y trouve :
Le collectif SOS Vaîtes, qui recense depuis 2018 la biodiversité sur place, signale plus de 250 espèces floristiques et faunistiques observées sur moins de 30 hectares (sosvaites.fr).
Parmi elles :
Sur le plan statistique, l’artificialisation des sols dans le Grand Besançon a progressé de 30% entre 2001 et 2021 (Observatoire des territoires). Cela concerne aussi bien la zone des Vaites, dont la surface naturelle a reculé.
Le défi consiste à concilier accueil de nouveaux habitants et maintien du vivant. Plusieurs pistes concrètes peuvent (et doivent) être explorées :
Face à l’enjeu, certaines opérations urbaines montrent la voie. À Strasbourg (quartier Danube), des mares de régulation et des fossés à libellules ont été créés à même la trame viaire, avec succès : on y recense aujourd’hui plus de 11 espèces d’amphibiens en zone urbaine (Ville de Strasbourg).
À Rennes, dans le quartier de la Courrouze, la préservation des noues et des prairies humides a permis d’observer le maintien de populations de grenouilles rousses et de nombreux papillons de milieux humides.
Mais il existe aussi des limites : nombre de mares urbaines, trop petites et isolées, périclitent faute de suivi, d’entretien ou de connexion écologique réelle.
Aux Vaites, le projet a longtemps été suspendu par des recours portés au niveau national — symbole d’une lutte pour l’équilibre urbain et naturel. En 2023, le Conseil d’État a relancé l’opération d’urbanisation, non sans contestation. Des collectifs (SOS Vaîtes, France Nature Environnement) continuent de plaider pour une évaluation indépendante du patrimoine aquatique et une révision du schéma actuel (France Bleu).
L’intégration de la biodiversité aquatique dans les projets urbains est désormais encouragée par la loi française depuis 2016 (article L110-1 du code de l’environnement) et par le SDAGE local. Mais le passage à l’acte varie selon la volonté politique municipale, le portage associatif et l’implication des aménageurs.
Les Vaites, comme d’autres « zones à enjeux » en France, nous obligent à repenser la ville autrement. Prendre au sérieux la biodiversité aquatique, ce n’est plus seulement protéger quelques grenouilles — c’est aussi garantir la qualité de l’eau, la résistance de la nature face aux sécheresses, les corridors pour la truite qui remonte un ruisseau, ou la simple beauté d’un soir d’été, libellule dans le vent.
Les prochaines années seront décisives : soit on retombe dans de vieilles habitudes d’artificialisation, soit on fait des Vaites un laboratoire national de cohabitation entre ville et monde vivant aquatique. Ce choix reste entre les mains des décideurs, mais il mobilise aussi pêcheurs, naturalistes, riverains et citoyens soucieux de garder, au cœur du béton, une rivière vivante.