Aux Vaites : L’eau au cœur des nouveaux quartiers

Pourquoi s’attarder sur le cycle de l’eau quand on construit ?

Parler de cycle de l’eau, ce n’est pas juste une affaire de crues ou de nappes phréatiques. L’eau modèle les paysages, les microclimats et la vie aquatique, du brochet au martin-pêcheur. Or, chaque opération d’urbanisation mal pensée entraîne immanquablement ces effets :

  • Augmentation des surfaces imperméables : routes, parkings, bâtiments empêchent l’eau de s’infiltrer naturellement.
  • Modification du ruissellement : accélération de l’écoulement de l’eau vers les rivières, aggravation du risque de crue et érosion.
  • Perte de biodiversité aquatique et rivulaire : la disparition des zones humides supprime refuges et nurseries pour nombre d’espèces.
  • Moindre recharge des nappes : l’eau ne s’infiltre plus, les réserves profondes s’assèchent, surtout en été.

Dans ce contexte, aux Vaites, le cycle de l’eau est, depuis le départ du projet, un des axes phares des réflexions. La Ville de Besançon, pionnière sur ces enjeux (cf. Mairie de Besançon), a inscrit dans le plan guide une gestion « renaturée » de l’eau pour le quartier.

Une désimperméabilisation exemplaire : premiers gestes visibles

L’une des premières mesures concrètes aux Vaites : limiter au maximum les surfaces totalement imperméables. Quelques chiffres, issus des documents d’urbanisme (source mairie de Besançon) :

  • 58 % du périmètre urbanisé doit rester perméable ou semi-perméable (contre 34 % en moyenne sur la ville).
  • Des dalles drainantes et des enrobés poreux réduisent le ruissellement sur les espaces publics et parkings.
  • Jardins de pluie et noues végétalisées : le plan intègre sur 7 hectares de trame verte et bleue la récupération et l’infiltration des eaux de pluie.

Ces aménagements ralentissent la descente brutale de l’eau vers le réseau, mais aussi favorisent la recharge lente du sous-sol.

Gestion intégrée de l’eau pluviale : un modèle aux Vaites

Ici, l’eau de pluie n’est plus évacuée coûte que coûte, mais valorisée sur place. Cela change la donne à plusieurs niveaux :

  1. Des ouvrages dédiés à l’infiltration : parkings « écovégétalisés », toitures végétalisées permettant la rétention temporaire d’eau. Sur 23 % des nouvelles toitures, la végétalisation est imposée pour retenir plusieurs dizaines de m lors de chaque pluie forte.
  2. Le stockage de l’eau : une grande noue centrale recueille les eaux d’orage. Sa capacité dépassera 2 200 m— soit l’équivalent de 880 piscines hors sol familiales — permettant de différer le rejet vers le Doubs.
  3. Des zones humides reconstituées : 1,2 hectare de zones inondables et prairies humides restaurés ou créés pour favoriser l’évapotranspiration et la dénitrification naturelle de l’eau (Source : étude Biotope 2019).

La gestion intégrée implique aussi des réseaux séparatifs : eaux pluviales et eaux usées ne se mélangent plus. Cela prévaut à l’échelle de tout le quartier, réduisant la charge sur la station d’épuration et limitant les pollutions ponctuelles lors des orages.

Des mesures concrètes pour la biodiversité de l’eau

Intégrer le cycle de l’eau, c’est préserver les habitats dépendants de l’eau, souvent fragiles. Aux Vaites :

  • Démontage des anciens ouvrages hydrauliques pour rouvrir un bras temporaire du ruisseau de la Pelouse, effaçant quelques dizaines de mètres de busages, favorisant la reconquête par les amphibiens, libellules, voire tritons crêtés recensés dans le secteur (France 3 Régions).
  • Création de prairies inondables pour stocker les excès de pluie, ralentir l’érosion et offrir une mosaïque d’habitats à la faune locale.
  • Plantes autochtones privilégiées sur toutes les noues et rives, évitant les espèces invasives (renouée du Japon notamment) qui colonisaient l’ancien site.

Depuis 2021, un suivi automatique de la faune riveraine a déjà mis en évidence la recolonisation par le crapaud calamite et la rainette arboricole — chose rarissime sur Besançon hors corridors historiques.

Tout ça, pourquoi ? Les enjeux derrière les choix des Vaites

Ces choix ne sont pas que techniques. Ils découlent d’épisodes marquants :

  • À Besançon, les crues records du Doubs en 1999 et 2002 ont causé respectivement 30 et 26 millions d’euros de dégâts (Source : DREAL Bourgogne – Franche-Comté).
  • Le changement climatique accentue les phénomènes d’orages localisés. Selon Météo France, les précipitations « fortes » augmentent de 20 % par décennie sur le Val de Saône & Doubs depuis 1990.
  • La baisse de la nappe phréatique locale entre 1997 et 2020 (-15 cm/an selon BRGM) restructure totalement la végétation et la faune, mettant à mal poissons et oiseaux dépendants des zones humides.

Les nouveaux quartiers ne peuvent plus ignorer ces tensions. Penser « cycle de l’eau » en ville, c’est anticiper le risque inondation, protéger la qualité de l’eau et sauvegarder ce qui fait encore la richesse écologique des bords de rivière.

Un urbanisme participatif et des arbitrages parfois tendus

Il faut mentionner que le projet des Vaites n’a pas toujours fait l’unanimité. Plusieurs associations locales, dont Les Amis de la Terre Doubs, ont porté la question du maintien d’une grande zone humide sur tout le pourtour du quartier. Certaines parcelles longtemps disputées le seront « en observation », car le retour de l’eau peut être lent ou contrarié par d'anciens remblais.

La concertation permanente a permis d’affiner les plans en intégrant :

  • Des chemins surélevés pour limiter la fragmentation des mares et bras secondaires, utiles à la reproduction des batraciens.
  • Des points de suivi de la qualité de l’eau avec analyses trimestrielles (phosphore, ammoniaque, oxygène dissous).
  • L’engagement d’entretenir les noues sans pesticides, avec une fauche tardive pour les espèces prairiales protégées.

Les compromis sont constants : construire du logement neuf, c’est une nécessité sociale. Préserver l’eau et la biodiversité, une nécessité écologique. Aux Vaites, ça se traduit souvent par du sur-mesure.

Ce qu’il reste à surveiller et à renforcer

Si les aménagements vont dans le bon sens, des défis persistent :

  • En période caniculaire, l’efficacité de la végétalisation des toitures est parfois limitée, et la rétention d’eau baisse fortement. Une expérimentation sur la récupération d’eau de pluie supplémentaire est en cours sur 4 bâtiments pilotes.
  • Les sols restent très hétérogènes : certains secteurs, remaniés par des remblais dans les années 60, peinent à retrouver une porosité suffisante. Un suivi pédologique et hydrologique sur 10 ans est programmé (piloté par l’INRAE).
  • L’arrivée en masse de nouveaux habitants implique un risque de piétinement et de pollution ponctuelle des zones humides périphériques. Des panneaux d’information et des clôtures légères sont installés, mais l’équilibre est fragile.

La pression foncière est forte et les choix innovants représentent un coût supérieur d’environ 8 % sur le gros œuvre selon la SPL Territoire 25. Une gageure dans la durée.

Pour les passionnés d’eau, un modèle en mouvement

Le quartier des Vaites offre un laboratoire grandeur nature : désimperméabilisation poussée, gestion intégrée des pluies, soutien à la biodiversité aquatique et transparence sur les résultats. Ce n’est pas parfait ni terminé, et c’est ce qui rend le suivi passionnant. Les retours d’expérience, avec tout ce qu’ils impliquent de réajustements, profitent progressivement à d’autres villes – Besançon ayant rejoint en 2023 le réseau franc-comtois des « quartiers éponge », destiné à partager les bonnes pratiques de gestion de l’eau en ville (Réseau Éponge).

Penser aux Vaites, c’est comprendre qu’un quartier peut grandir sans casser le cycle de l’eau. À suivre pour tous ceux qui, pêcheurs ou riverains, scrutent le moindre filet d’eau et la vie qui s’y accroche.

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