Intégration des espaces bleus dans l’aménagement urbain des Vaites : enjeux, méthodes, impacts

Espaces bleus : de quoi parle-t-on réellement ?

Parler d’espaces bleus, ce n’est pas simplement évoquer la présence d’eau. Cela va bien plus loin. Dans les Vaites, il s’agit :

  • Du ruisseau des Vaites, qui structure l’écoulement naturel des eaux depuis le bas de la colline de la Chapelle-des-Buis ;
  • Des noues paysagères installées lors des aménagements récents, à vocation autant écologique que d’écrêtement des crues ;
  • Des bassins de rétention et d’infiltration, enterrés ou en surface, pour gérer le surplus pluvial urbain ;
  • Des anciennes zones humides, pour partie conservées ou restaurées dans le cadre du projet urbain.

Ces espaces forment une “trame bleue”, désormais centrale dans la planification urbaine, en particulier dans le cadre d’écocités ou d’écoquartiers comme celui des Vaites (Ville de Besançon).

Pourquoi intégrer les espaces bleus dans le projet urbain des Vaites ?

Prévenir les inondations : une nécessité historique

Les Vaites subissent régulièrement de fortes pluies et des ruissellements importants. Selon l’EPAGE Doubs Dessoubre (doubsdessoubre.fr), le secteur a connu plusieurs épisodes de crues éclair en 2002 et 2013, générant des sinistres matériels et une remise en cause de l’imperméabilisation massive des sols. Depuis, l’intégration d’espaces tampon – noues et bassins – est devenue une obligation lors de la création de nouveaux îlots d’habitat.

Renforcer la biodiversité locale

Les espaces bleus ne servent pas uniquement à drainer ou stocker l’eau. Ils constituent un support vital à la faune et à la flore, comme en témoignent :

  • La présence du triton crêté, espèce protégée recensée dans deux mares artificielles (2019, DREAL BFC) ;
  • La recolonisation du martin-pêcheur, observé en 2022 sur le ruisseau des Vaites ;
  • La richesse en libellules, amphibiens et flore hygrophile sur les berges non artificialisées.

Un inventaire réalisé par le Conservatoire Botanique National mettait en avant plus de 82 espèces végétales liées aux zones humides sur le secteur initial, dont 7 espèces patrimoniales.

Créer un cadre de vie plus sain

Chaque étude d’impact sur le projet Vaites, commandée par la Ville de Besançon (2018-2022), souligne le rôle positif de la trame bleue sur :

  • La régulation thermique (microclimat) en période estivale ;
  • Le bien-être psychologique des habitants (accès à l’eau, loisirs au bord des berges) ;
  • La limitation des îlots de chaleur, démontrée par des mesures infrarouges réalisées en 2020 par l’Université de Franche-Comté (gain de 2°C en journée à 30 m autour des espaces bleus).

Comment sont-ils intégrés ? Techniques et démarches concrètes

Trame bleue et urbanisme opérationnel

Plutôt que de définir les espaces naturels après les lotissements, les plans de l’écoquartier ont choisi d’installer la trame bleue en amont, en guidant la construction autour d’elle. Concrètement :

  • Les axes piétonniers principaux longent le ruisseau des Vaites et ses affluents ;
  • Les nouveaux îlots de logements sont séparés par des noues plantées larges d’1 à 4 mètres ;
  • Certains stationnements sont surélevés, pour laisser place à la circulation de l’eau en contrebas ;
  • Les voiries principales sont équipées de dispositifs drainants orientant l’eau vers les bassins et vers les anciens méandres du ruisseau maintenus en eau en période sèche.

Les chiffres à retenir sur la gestion de l’eau dans les Vaites

  • 18 % de la surface totale de l’écoquartier (19 ha) est dédiée aux zones humides, plans d’eau et corridors aquatiques ;
  • Plus de 1 200 m de noues paysagères réalisées (source : Ville de Besançon, rapport 2022) ;
  • Capacité totale de stockage des bassins : 6 000 m³, avec un renouvellement partiel par infiltration locale ;
  • 35 % des eaux pluviales issues des nouveaux bâtiments sont gérées entièrement sur place, sans rejoindre le réseau classique.

Astuces d’intégration “douce”

L’accent est mis sur la végétalisation : roseaux, massettes, saules, iris des marais. Ces choix permettent :

  • Dépollution naturelle par phytoépuration locale des eaux superficielles (réduction du taux de nitrates de 38% entre l’entrée et la sortie des noues, selon le LEES - CNRS/Université Bourgogne) ;
  • Supports de fraie et d’habitat temporaire pour les amphibiens en période printanière ;
  • Occupation douce des berges, limitant l’érosion et l’effondrement.

Quels bénéfices pour les habitants ? Témoignages, usages et contraintes

Des usages variés et quotidiens

En 2023, une enquête municipale donnait une photographie claire (Est Républicain) :

  • 72 % des personnes interrogées affirmaient se promener au moins une fois par semaine le long des berges aménagées ;
  • 37 % font du jogging ou du vélo sur les tracés de la trame bleue ;
  • Les familles utilisent régulièrement les berges comme aires de jeux informelles.

Des associations de pêche (notamment l’AAPPMA de Besançon) proposent des initiations ou des ateliers de sensibilisation autour des mares, surtout sur la faune amphibienne et les insectes aquatiques.

Contraintes : équilibre à maintenir

  • Sécurité anti-noyade : une majorité des bassins sont peu profonds (<80 cm) ;
  • Lutte contre les moustiques : introduction de poissons insectivores (gambusies), mais aussi pose de nichoirs à chauves-souris ;
  • Entretien régulier nécessaire pour éviter la prolifération des espèces invasives (renouée du Japon, élodée).

La concertation avec les habitants a permis d’adapter les horaires et parcours des agents d’entretien, tout en limitant les interventions chimiques.

Exemples inspirants : un modèle extensible ?

Le cas des Vaites n’est pas isolé. Ailleurs dans le Grand Est, on relève des démarches équivalentes à Dijon (quartier Valmy : 650 m de trame bleue urbaine), ou Nancy (plateau de Haye). L’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée Corse encourage d’ailleurs ces pratiques par un financement spécifique, à hauteur de 700 000 € sur 2020-2023 rien que pour Besançon.

À chaque fois, la clé réside dans la prise en compte anticipée des espaces aquatiques lors de la conception, et non comme un simple “habillage paysager”. Les retours d’expérience pointent l’effet fort sur l’attractivité du quartier : selon le rapport Cerema 2022, les logements en voisinage direct d’une trame bleue présentent une hausse de valeur foncière de 8 à 12 %.

Traces d’avenir : maintenir et renforcer le rôle des espaces bleus

L’intégration des espaces bleus dans l’aménagement des Vaites n’est pas un gadget. Ce sont eux qui garantissent la résilience du quartier face aux changements climatiques, mais aussi sa qualité de vie et son identité. La trame bleue, bien loin d’une simple tuyauterie cachée, remet la nature au centre du projet urbain – en équilibre entre usages humains et préservation des milieux.

Ce modèle évolue avec le temps : ouverture de nouveaux parcours pédestres, surveillance accrue de la qualité de l’eau, expérimentation de berges plus “sauvages” sur certains tronçons. De quoi inspirer les futurs projets urbains autour de Besançon, mais aussi partout où cours d’eau, pêche et vie urbaine veulent cohabiter intelligemment.

Sources : Ville de Besançon, DREAL BFC, EPAGE Doubs Dessoubre, Conservatoire Botanique National, Est Républicain, Cerema, Agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse.

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