L’écoquartier des Vaites, à Besançon, symbolise depuis une dizaine d’années l’ambition d’une ville densifiée mais verte. Situé au nord de la ville, ce projet urbain inclut la préservation de plusieurs zones humides, dont les fameux « lacs des Vaites », qui jouent un rôle central dans la trame bleue et verte locale. Ces plans d’eau, tout comme les mares, ripisylves, et prairies environnantes, forment un écosystème mosaïque en pleine ville, là où béton et nature dialoguent (source : Mairie de Besançon).
Mais au-delà d’un simple cadre agréable pour promeneurs ou pêcheurs urbains, que pèsent vraiment ces lacs dans l’équilibre écologique d’un quartier dense ? Sont-ils un plus pour la biodiversité locale, ou introduisent-ils de nouveaux défis pour les espèces autochtones ?
Un plan d’eau urbain, même modeste, n’est jamais un simple miroir tranquille. Les lacs des Vaites assurent, à l’échelle du quartier mais aussi au-delà, plusieurs fonctions :
D’après le Conseil départemental du Doubs, près de 170 espèces végétales différentes ont été recensées dans la zone humide des Vaites, dont une quinzaine d’espèces protégées à l’échelle régionale (FNE Doubs).
En milieu urbain, les mares et lacs sont parfois les seuls refuges adaptés pour certaines espèces menacées. Les lacs des Vaites accueillent, selon la LPO Besançon, plus de 50 espèces d’oiseaux différentes lors des pics de migration : nette rousse, gallinule poule-d’eau, martin-pêcheur, fauvette à tête noire…
La présence d’amphibiens, notamment du crapaud calamite (espèce prioritaire au niveau national), attire l’attention. Les données de la Société Herpétologique de France montrent que sur le quart nord-est de l’Hexagone, environ 85 % des zones de frayères historiques ont disparu en un siècle. Les lacs urbains – s’ils sont peu pollués et bénéficient de berges végétalisées – deviennent alors des zones de repli cruciales.
L’effet « réservoir » des lacs présente aussi quelques revers. Les milieux confinés facilitent le développement d’espèces invasives. Le phénomène n’est pas anodin : l’écrevisse de Louisiane, signalée depuis 2019 dans les bras morts de la Vaire, prolifère rapidement et concurrence les espèces endémiques.
De même, la carpe amour blanche, importée pour « nettoyer » les herbiers, consomme aussi une partie de la flore précieuse et fragilise certains habitats d’amphibiens.
Enfin, le nourrissage des canards dans ces milieux attire rats musqués, corneilles, et même fouines, qui contribuent à déséquilibrer l’écosystème lorsque la régulation naturelle est insuffisante.
La richesse botanique des Vaites fait aujourd’hui consensus parmi naturalistes et paysagistes (source : Mairie de Besançon). Certains chiffres marquants :
La flore non seulement stabilise les berges, mais joue aussi un rôle clé pour l’oxygénation de l’eau, la lutte contre l’eutrophisation, et fournit des micro-habitats aux invertébrés et alevins.
Les lacs ne sont pas de simples poches isolées : ils s’inscrivent dans la trame verte/bleue nationale. À Besançon, la Loire, la Saône et le Doubs sont distants de moins de 4 km des Vaites. Cette proximité, additionnée à la présence de mares de compensation créées lors de l’aménagement, rend possible la migration ou le transit temporaire de nombreuses espèces (source : Zones Humides France).
Chaque épisode de crue rappelle l’importance des zones humides : lors des débordements de la Vaire ou lors de gros orages, la capacité de rétention estimée des lacs du quartier (~9 000 m³, selon une étude de l’Université de Franche-Comté) offre un amortisseur précieux.
Une bonne gestion de ces volumes limite le lessivage des sols, filtre particules fines et hydrocarbures, et tamponne la température des eaux rejetées vers la rivière.
Tout n’est pas rose pour les écosystèmes des Vaites. La pression immobilière, la circulation des engins de chantier, et le risque de pollutions diffuses restent d’actualité. Plusieurs associations (FNE, LPO, Jardins des Vaites) mettent en garde :
Le danger ? Un appauvrissement progressif de la biodiversité, via un effet de « central parc » sans gestion adaptée. Pour l’éviter, la Ville de Besançon a mis en place, depuis 2020, un suivi naturaliste biannuel et des conventions de gestion différenciée des espaces verts.
Pour que les lacs urbains restent des atouts écologiques et non de simples décors, plusieurs axes forts s’imposent :
Les lacs des Vaites offrent un aperçu, fragile mais réel, des potentiels de la nature urbaine. Le secret ? Coupler aménagement intelligent, vigilance, et respect de l’équilibre naturel. Une démarche qui inspire d’autres villes françaises soucieuses de conjuguer habitat urbain et nature vivante.