Les écoquartiers, ce n’est pas qu’une affaire de toitures végétalisées et de bâtiments basse consommation. À Besançon, l’écoquartier des Vaites mise sur un atout souvent discret, mais décisif : l’eau. Ses lacs, plans d’eau et zones humides sont pensés à la fois comme des lieux de vie, des réservoirs de biodiversité et de véritables régulateurs climatiques. Pourquoi un tel choix urbanistique ? Parce que, face au défi du réchauffement en zone urbaine, miser sur l’intelligence du cycle de l’eau, c’est viser juste.
Les Vaites se démarquent sur trois points :
L’effet d’îlot de chaleur urbain, on le subit tous en été : le thermomètre grimpe vite dès que béton, asphalte et tuiles s’accumulent. Or, un plan d’eau, c’est une « climatisation » naturelle. L’eau a une capacité thermique élevée : elle absorbe beaucoup de chaleur sans trop monter en température. Résultat ? Autour des berges, il fait souvent 2 à 4 °C de moins qu’au cœur du quartier bétonné (INRAE, 2020).
Dans l’écoquartier des Vaites, l’une des modélisations menées en 2023 avec l’appui du CEREMA a démontré qu’au cœur de l’été, le taux d’humidité et la température étaient moins extrêmes à moins de 200 mètres des berges que dans la zone minérale (CEREMA).
La gestion de l’eau pluviale est un casse-tête en ville : trop souvent, tout file à l’égout et termine dans les rivières qui débordent. Les lacs jouent un rôle d’éponges urbaines.
À Besançon, les lacs des Vaites sont dimensionnés pour résister à des pluies centennales, et permettent d’éviter que plus de 200 000 m³ d’eau annuels ne partent directement aux stations d’épuration (Ville de Besançon, rapport d’aménagement durable 2022).
Un plan d’eau ne refroidit pas que l’air : il accueille autour de lui un cortège de plantes et d’animaux qui, eux aussi, jouent un rôle dans la régulation du climat local. Plusieurs espèces végétales (roseaux, saules, massettes) filtrent l’eau, limitent l’évaporation, créent de l’ombre autour des berges.
Résultat concret : dans les Vaites, près de 30 % de la surface du quartier reste perméable et verdoyée, quand la moyenne française tourne souvent à 10-15 % dans les nouvelles constructions urbaines (Ministère de la Transition Écologique, 2023).
Un aspect rarement évoqué, mais pourtant essentiel : l’appropriation par les habitants. Dans les Vaites, des assemblées citoyennes, ateliers et balades naturalistes ont permis d’orienter la conception des lacs et de leur gestion. Plusieurs initiatives sont nées :
Ces démarches ont un effet domino : en comprenant comment leur environnement fonctionne, les habitants ajustent leurs pratiques et soutiennent des politiques ambitieuses d’adaptation au changement climatique.
L’expérience des Vaites fait des émules. Plusieurs collectivités, dont Montpellier et Rennes, reprennent le principe des « lacs urbains régulateurs » dans leurs écoquartiers (ADEME, 2022). Le fruit d’une observation partagée : dans un contexte de sécheresses et d’orages intenses de plus en plus fréquents, multiplier ce type d’ouvrage devient une nécessité.
D’autres exemples à retenir :
Un lac urbain séduit naturellement les pêcheurs, riverains, promeneurs, photographes et amoureux de la nature. Mais toute fréquentation doit être pensée pour préserver sa fonction de régulateur climatique.
Ce juste équilibre assure que la pêche, la balade et l’éveil à la nature restent possible, tout en renforçant la mission verte des plans d’eau.
La réflexion sur le rôle des lacs urbains est loin d’être bouclée. Aujourd’hui, des chercheurs de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ou du CNRS travaillent sur l’optimisation des volumes, la plantation de nouveaux cortèges végétaux adaptés à la sécheresse, ou encore la valorisation de la biodiversité autour des plans d’eau urbains.
Le chantier est vivant. Le modèle des Vaites pourra s’enrichir, s’exporter, inspirer de nouveaux usages pour atténuer l’impact toujours plus tangible du réchauffement en ville.
Miser sur des plans d’eau intégrés à la trame urbaine, c’est une réponse concrète face aux canicules, aux inondations, à l’effacement de la nature dans les quartiers. Les lacs, s’ils sont pensés avec précision et entretenus durablement, transforment à la fois le climat ressenti, l’écosystème, et le quotidien des citadins. À Besançon, l’écoquartier des Vaites en fait la preuve : eau, biodiversité, humains, tout le monde y trouve (davantage) sa place.
Pour les amateurs d’eau vive, de pêche, ou simplement de fraîcheur en été, voilà un levier à suivre de près… et, peut-être, à rêver ailleurs, sur les berges de la Garonne ou des canaux de Toulouse.