Régulation des eaux : les lacs, atout clé pour l’écoquartier des Vaites

Une gestion innovante au service de la ville durable

Quand on parle écoquartiers, le mot “durable” revient à toutes les sauces. Mais concrètement, dans l’écoquartier des Vaites — à Besançon —, ce sont les lacs artificiels qui traduisent cette ambition en action. Aménagés au cœur du projet, ils assurent un double rôle : paysager et écologique, mais surtout hydraulique. Aujourd’hui, face à des précipitations de plus en plus erratiques — la région de Besançon enregistrant en moyenne 900 mm de pluie par an (Météo France) — la question de la régulation de l’eau n’a rien d’anecdotique.

Pourquoi réguler l’eau en ville ?

Les villes anciennes fonctionnaient comme des éponges, avec beaucoup de sols perméables. Mais la densification urbaine, l’asphalte, le béton ont tout changé. Résultat ? L’eau, au lieu de s’infiltrer, ruisselle. À la clé : inondations soudaines (les fameuses “crues éclairs”), pollution de l’eau, érosion des sols et pression sur les réseaux d’assainissement. Dans le Doubs, le débit du ruisseau de la Coulée verte peut être multiplié par 10 en moins de 2 heures lors des orages forts (Ville de Besançon).

  • Agir sur la quantité stockée d’eau dès l’amont (avant qu’elle n’atteigne les rivières)
  • Limiter les pics de ruissellement qui créent des inondations
  • Filtrer les polluants véhiculés par les premières eaux de pluie
  • Soutenir les débits en période sèche grâce à une récupération maîtrisée

Voilà l’intérêt : trouver un équilibre entre sécurité (anti-inondation) et respect de la ressource.

Les lacs artificiels comme solution locale

Dans l’écoquartier des Vaites, la gestion des eaux repose sur 3 lacs principaux, interconnectés par des noues végétalisées (fossés enherbés filtrants). Leur design n’est pas qu’esthétique : chaque bassin joue un rôle dans un circuit complet de gestion de l’eau, du ruissellement à la restitution à la nature.

Fonctionnement hydraulique

  • Zones tampon : Les lacs captent l’essentiel des eaux de pluie lors d’épisodes intenses. Leur capacité cumulée atteint environ 9 500 m³ (Espaces Naturels).
  • Débit régulé : L’eau est relâchée progressivement, via des vannes automatisées, permettant d’éviter toute saturation en aval.
  • Épuration naturelle : Les plantes disposées sur les berges absorbent nitrates, phosphates et hydrocarbures — la faculté épuratoire de chaque lac est estimée à 2 à 5 mg/L pour les nitrates (Université de Franche-Comté).

Pendant la pluie… et après

  • Récupération rapide des eaux lors de précipitations abondantes
  • Diminution visible du ruissellement en aval (jusqu’à -65% de débit de pointe mesuré après aménagement, selon une étude du CEREMA de 2018)
  • Soutien au débit du ruisseau “La Marotte”, via une restitution douce en période sèche

Un rôle fort dans la prévention des inondations locales

Le quartier des Vaites est localisé sur d’anciennes prairies inondables du Doubs. Jusqu’au début des années 2000, chaque gros orage pouvait engorger les réseaux et provoquer des débordements sur les parkings, caves, et chaussées environnantes. Depuis la création des lacs :

  • aucun événement majeur d’inondation signalé sur le quartier (Ville de Besançon)
  • En 2019, des pluies records (70 mm en deux heures) n’ont pas dépassé la capacité de stockage, alors qu’un événement similaire en 1998 avait généré 11 interventions de pompages d’urgence
  • La montée des eaux sur le lac principal est contrôlée et surveillée numériquement (capteurs connectés, transmission en temps réel aux services urbains)

Assainissement et qualité de l’eau : les lacs, filtres naturels

Un effet souvent oublié : le rôle des lacs dans la dépollution des eaux de ruissellement. Avant leur rejet, les eaux pluviales contiennent divers polluants : hydrocarbures (issus des voiries), microplastiques, nitrates et phosphates. Les berges en pentes douces, plantées de macrophytes (roseaux, carex…), assurent :

  • L’absorption jusqu’à 70% des matières en suspension (ADEME)
  • La dégradation partielle des hydrocarbures (efficacité estimée à 40–50% suivant la saison)
  • La réduction mesurée des teneurs en phosphates après traversée de la zone lacustre (passage de 0,4 mg/L à 0,12 mg/L chez les relevés de 2022)

Cela permet de préserver la qualité du Doubs mais aussi celle des nappes phréatiques locales.

Des lacs pensés pour la biodiversité urbaine

Au-delà de l’hydraulique, ces plans d’eau assurent un rôle écologique décisif. Le bassin central, peu profond (moins de 1,20 mètre sur la moitié de sa surface), offre des zones refuges à la faune aquatique. En 2021, le suivi naturaliste mené par la LPO Franche-Comté notait :

  • 19 espèces d’oiseaux nicheurs détectées
  • 2 nouvelles espèces de libellules recensées post-création
  • Réapparition du triton alpestre en 2022 sur la rive est
  • Augmentation du nombre de poissons blancs autochtones (gardon, rotengle), même si la pêche y est strictement encadrée

L’objectif n’est pas seulement de gérer l’eau : c’est de créer des milieux vivants, attractifs et résilients.

Un projet exemplaire et évolutif : vers quelles perfectionnements ?

Les résultats sur dix ans montrent que ces lacs urbains ont largement participé à apaiser la gestion des eaux du quartier, tout en favorisant le retour de la biodiversité. Pourtant, certains défis subsistent :

  • Entretien : la prolifération des algues en été oblige à des interventions annuelles pour éviter l’eutrophisation.
  • Suivi de la pollution : microplastiques et pesticides restent difficiles à filtrer totalement ; des campagnes de mesure sont réalisées chaque semestre (Est Républicain).
  • Évolution du climat : la capacité des lacs pourra-t-elle suivre l’intensification annoncée des épisodes orageux ? Un programme de surélévation des berges et d’augmentation de capacité est à l’étude pour 2025–2026.

En 2020, l’arrivée d’une application citoyenne “Vaites Pluie” permet aussi aux habitants de signaler toute anomalie ou débordement. Preuve que le suivi n’est pas que technique, mais collectif et participatif.

Regard local : de véritables outils d’équilibre pour le bassin bisontin

La gestion par les lacs montre l’intérêt d’adapter la ville au climat plutôt que l’inverse. Les chiffres sont là : moins d’inondations, plus de vie, plus de nature en cœur de ville, et une eau mieux maîtrisée. Ce modèle, déjà repris à Dijon et à Lyon (écoquartier La Duchère), inspire désormais d’autres collectivités. Les pêcheurs, quant à eux, y retrouvent parfois des souvenirs de berges sauvages, dans un décor urbain plus vivant qu’il ne l’a été depuis longtemps.

Pour aller plus loin, surveiller ces retours d’expérience et s’en inspirer pour d’autres quartiers urbains : voilà un sujet qui, au fil des précipitations, n’a pas fini de mériter notre attention.

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