Quand on parle écoquartiers, le mot “durable” revient à toutes les sauces. Mais concrètement, dans l’écoquartier des Vaites — à Besançon —, ce sont les lacs artificiels qui traduisent cette ambition en action. Aménagés au cœur du projet, ils assurent un double rôle : paysager et écologique, mais surtout hydraulique. Aujourd’hui, face à des précipitations de plus en plus erratiques — la région de Besançon enregistrant en moyenne 900 mm de pluie par an (Météo France) — la question de la régulation de l’eau n’a rien d’anecdotique.
Les villes anciennes fonctionnaient comme des éponges, avec beaucoup de sols perméables. Mais la densification urbaine, l’asphalte, le béton ont tout changé. Résultat ? L’eau, au lieu de s’infiltrer, ruisselle. À la clé : inondations soudaines (les fameuses “crues éclairs”), pollution de l’eau, érosion des sols et pression sur les réseaux d’assainissement. Dans le Doubs, le débit du ruisseau de la Coulée verte peut être multiplié par 10 en moins de 2 heures lors des orages forts (Ville de Besançon).
Voilà l’intérêt : trouver un équilibre entre sécurité (anti-inondation) et respect de la ressource.
Dans l’écoquartier des Vaites, la gestion des eaux repose sur 3 lacs principaux, interconnectés par des noues végétalisées (fossés enherbés filtrants). Leur design n’est pas qu’esthétique : chaque bassin joue un rôle dans un circuit complet de gestion de l’eau, du ruissellement à la restitution à la nature.
Le quartier des Vaites est localisé sur d’anciennes prairies inondables du Doubs. Jusqu’au début des années 2000, chaque gros orage pouvait engorger les réseaux et provoquer des débordements sur les parkings, caves, et chaussées environnantes. Depuis la création des lacs :
Un effet souvent oublié : le rôle des lacs dans la dépollution des eaux de ruissellement. Avant leur rejet, les eaux pluviales contiennent divers polluants : hydrocarbures (issus des voiries), microplastiques, nitrates et phosphates. Les berges en pentes douces, plantées de macrophytes (roseaux, carex…), assurent :
Cela permet de préserver la qualité du Doubs mais aussi celle des nappes phréatiques locales.
Au-delà de l’hydraulique, ces plans d’eau assurent un rôle écologique décisif. Le bassin central, peu profond (moins de 1,20 mètre sur la moitié de sa surface), offre des zones refuges à la faune aquatique. En 2021, le suivi naturaliste mené par la LPO Franche-Comté notait :
L’objectif n’est pas seulement de gérer l’eau : c’est de créer des milieux vivants, attractifs et résilients.
Les résultats sur dix ans montrent que ces lacs urbains ont largement participé à apaiser la gestion des eaux du quartier, tout en favorisant le retour de la biodiversité. Pourtant, certains défis subsistent :
En 2020, l’arrivée d’une application citoyenne “Vaites Pluie” permet aussi aux habitants de signaler toute anomalie ou débordement. Preuve que le suivi n’est pas que technique, mais collectif et participatif.
La gestion par les lacs montre l’intérêt d’adapter la ville au climat plutôt que l’inverse. Les chiffres sont là : moins d’inondations, plus de vie, plus de nature en cœur de ville, et une eau mieux maîtrisée. Ce modèle, déjà repris à Dijon et à Lyon (écoquartier La Duchère), inspire désormais d’autres collectivités. Les pêcheurs, quant à eux, y retrouvent parfois des souvenirs de berges sauvages, dans un décor urbain plus vivant qu’il ne l’a été depuis longtemps.
Pour aller plus loin, surveiller ces retours d’expérience et s’en inspirer pour d’autres quartiers urbains : voilà un sujet qui, au fil des précipitations, n’a pas fini de mériter notre attention.