Le quartier des Vaites, à Besançon, illustre le défi des villes modernes : comment accueillir des habitants sans sacrifier leur lien vital à la nature — et tout particulièrement à l’eau ? Située entre le Doubs, de nombreux canaux et quelques lacs d’anciennes gravières, la zone est connue pour ses terres humides et son maillage d’étangs, qui constituent un réservoir naturel pour la biodiversité locale (source : Agglomération du Grand Besançon). Ces milieux sont pourtant fragilisés par l’urbanisation. Le sol, longtemps meuble et absorbant, se compacte et se couvre de surfaces imperméables. À la clé : ruissellements décuplés, inondations, dégradation de la qualité de l’eau et pression accrue sur les rivières… Ce constat a poussé aménageurs et collectivités à changer radicalement de logique.
Lutter contre l’imperméabilisation, c’est bien plus qu’une question technique : on parle ici de préservation de la ressource, d’équilibre fragile des écosystèmes (poissons, batraciens, insectes aquatiques…) et d’un rapport sensible à nos rivières. Pour y répondre, le choix des matériaux employés dans les Vaites n’est jamais neutre, ni anodin.
Aujourd’hui, trois grandes familles de matériaux structurent les aménagements “verts” des Vaites. Chacune présente des atouts, des contraintes et des performances différentes en matière d’infiltration.
Voyons comment chacun joue un rôle concret dans la gestion de l’eau et la préservation d’un sol vivant.
Le béton drainant est sans doute le matériau “artificiel” phare utilisé dans les Vaites (exemple : voir le cahier des prescriptions urbaines – Ville de Besançon, 2021). Il est réalisé à partir d’un dosage précis de granulats calibrés, liés par un ciment adapté. Taux de vide après mise en œuvre : entre 15 et 25% (source : CEREMA). Cela permet des débits d’infiltration théoriques entre 500 et 2 000 litres par heure et par mètre carré — un record, quand on compare avec un sol naturel moyen (env. 60 à 400 l/h/m²). Ce type de béton est couramment employé pour les cheminements piétons, parkings, aires de jeux et petits accès (on le repère à son aspect rugueux).
Un autre produit phare, l’enrobé drainant (asphalte allégé en liant et riche en granulats), offre la même logique et atteint des perméabilités de l’ordre de 800 à 1 200 l/h/m², selon la compacité du matériau et la granulométrie choisie. Son application est fréquente sur les zones de voirie où la sécurité prime (pistes cyclables, entrées de lotissements).
Dans les parkings ou sur certaines voies secondaires, on recourt souvent à des dalles alvéolées en béton ou plastique recyclé. Ces plaques, pleines de cavités, sont comblées d’un substrat fertile (terre, sable, gravillons) puis semées. Par mètre carré, 50 à 70 % de la surface reste ouverte à l’infiltration ! Ce système est solide, car la structure répartit les charges. Fonctionnement classique : on pose une couche drainante (gravette), puis la dalle, puis le substrat végétalisé.
Le pavage ouvert fonctionne avec des carreaux ou pavés espacés, comblés par du sable stabilisé ou des joints résinés perméables. Cela permet d’associer tradition architecturale et démarche écologique.
Sur toutes les zones plantées, en lisière de voirie ou pour les jardins d’averse, les substrats sont essentiels pour retenir l’eau sans créer de saturation :
Ces substrats sont autant de supports à la vie aquatique indirecte, en absorbant ou filtrant les eaux avant leur retour vers les bassins naturels ou les rivières.
Dans les Vaites, chaque espace vert est pensé comme un outil de gestion intégrée de l’eau. Les prairies fleuries (semées sur des mélanges riches en graminées et légumineuses locales), les noues végétalisées et les fossés plantés recréent les conditions d’un sol spongieux typique des bords de rivière.
Avec leur racines profondes, ces aménagements décolmatent le sol, restaurent la vie microbienne, et favorisent l’infiltration.
Quelques chantiers pilotes illustrent ces choix. Dans la future école des Vaites, plus de 1 500 m² de dalles alvéolaires végétalisées couvrent les zones de stationnement. Sur la promenade du Grand Canal, tous les trottoirs ont été réalisés en béton drainant sur 80 cm d’épaisseur, capable d’absorber l’équivalent d’un orage centennal selon les données issues du Plan Pluie Ville de Besançon (2023). Des noues plantées longent les cheminements, collectant et réinjectant l’eau alimentée naturellement vers un réseau d’étangs.
Enfin, certains logements ont été construits selon des prescriptions contraintes : chaque parcelle doit afficher au minimum 45% de sol perméable, combinant engazonnement, substrat filtrant et, le cas échéant, pavage ajouré (Ville de Besançon, Plan de Prévention du Ruissellement, 2022). Les rendements d’infiltration ont ainsi été multipliés par deux par rapport à l’urbanisation “classique”.
| Matériau | Taux d’infiltration (l/h/m²) | Usage commun | Points clefs |
|---|---|---|---|
| Béton drainant | 500 - 2 000 | Cheminements, places | Entretien, prix, excellente durabilité |
| Enrobé poreux | 800 - 1 200 | Voiries, abords zones urbaines | Sensibilité au colmatage, coûts modérés |
| Dalles alvéolées | 400 - 900 | Parkings, cheminements secondaires | Verdissement, charge supportée limitée |
| Substrat terre-pierre | 200 - 700 | Massifs plantés, zones tampon | Support de biodiversité, adaptable |
| Prairie ou engazonnement | 60 - 400 | Bords, jardins | Coût limité, forte efficacité biologique |
Maîtriser les matériaux, c’est aussi intégrer leur gestion dans le temps. La plupart des surfaces perméables demandent un suivi : désherbage, régénération des pores, amendement des substrats. Mais l’effort vaut la chandelle : à chaque pluie, le sol refait son travail d’éponge, protégeant la vie qui palpite dans les ruisseaux, les canaux ou les étangs tout proches. Ce soin apporté au choix des matériaux n'est pas qu’écologique ou esthétique : il devient la condition d’un urbanisme attentif à l’eau et à la vie, bénéfique aux pêcheurs comme à l'ensemble des riverains.
Plutôt que l’imperméabilisation aveugle, les Vaites montrent qu’il est possible d’inventer une autre ville, où chaque chantier dialogue avec la rivière, et où le respect du cycle de l’eau devient une évidence concrète, poreuse – presque sensible.